Conseils RH

 

Redonner du sens au travail : mettre l'humain au coeur des préocupations !

« Sens du travail » : Réflexion au sein de l’ANDRH à travers 2 regards croisés

*Monique CASTILLO, philosophe et professeur d’université apporte un regard synthétique et en recul relativement à l’immédiateté de l’urgence au travers de 4 pistes :

 - La valeur économique du travail est liée à sa valeur culturelle. Ce lien entre le travail et la civilisation qui lui donne sens semble aujourd’hui stoppé par une conception trop technicienne du management, centrée sur la productivité.

- Le décrochage entre économie et culture a plusieurs causes, en particulier une mutation qui produit des contradictions. A titre d’illustration, la réalisation de soi signifie pour la jeunesse deux orientations contraires : la voie de l’autonomie (on veut être responsable) et l’individualisme singulier sous plusieurs formes (hédoniste, libertaire, arriviste). La valeur du travail à l’époque industrielle était donnée par la capacité du sacrifice (temps, énergie, intelligence…) ; aujourd’hui le développement personnel attend du travail une augmentation de soi (compétences, motivations, estime de soi).

- Les valeurs ne sont plus suffisamment porteuses et mobilisatrices. Ainsi, le pluralisme marque une rhétorique à la mode, désigne un souci éthique altruiste mais signifie aussi que le « vivre ensemble » caractérise un individualisme généralisé. D’autres valeurs apparaissent : la résilience face aux défis, qui conduit certains managers à regarder l’entreprise comme un « collectif innovant », ce qui redonne sens à la valeur collective du travail tout en intégrant l’apport original de chacun.

- La créativité désigne deux faits distincts : l’innovation technologique et la créativité créatrice qui invente ce qui n’existait pas. Par exemple, la machine à laver simplifie la vie ordinaire ; mais l’invention d’un alphabet pour les sourds ou les aveugles crée une possibilité humaine d’être humain. La création porte sur le sens de l’objet autant ou plus que sur son utilité. Le progrès est ambivalent ; il a signifié le pouvoir de l’effort et il voudrait signifier la suppression de l’effort. Ainsi, le numérique est un nouveau défi, et non pas une solution magique : il demande un renouveau culturel pour un nouveau sens (existentiel) du travail.

*Benoît VANAZZI, Coach et conseil auprès d’entreprises en quête de changements par le développement du Sens, rappelle que la complexification de l’environnement économique mondialisé exerce une pression croissante sur les entreprises et leurs équipes. La perte du sens de l'action en aggrave la perception négative. La fragilisation des institutions traditionnelles (famille, école, état, religion..) a ébranlé les valeurs collectives. On attend de l’entreprise qu'elle fixe un nouveau cadre. L’accélération du progrès technologique et la virtualisation de la communication modifie radicalement les relations humaines dans l'entreprise en isolant les individus. La puissance financière des grandes entreprises fait peser une pression énorme sur l'ego des dirigeants.  Parmi les réponses possibles :

*Relativiser la pression d’agir : la prise de recul devient un acte de management. Mettre en conscience les fragilités de l’humanité (dérèglement climatique, fragilisation des démocraties, montée du protectionnisme, risque financier systémique…) est un moyen paradoxal de renforcer l’engagement. En réduisant l’épuisement opérationnel du quotidien, la prise de conscience de nos limites humaines recrée les fondements nécessaires à l’efficacité.

* Laisser diriger les plus compétents : souvent les processus de repérage, développement et nomination des hauts potentiels sont invalidés par les dirigeants eux-mêmes, quand il s’agit de pourvoir des postes clés ; le risque est qu’ils choisissent des équipiers pour leur fidélité et leur docilité plutôt que pour leurs compétences pour challenger le statu quo et conduire les ruptures stratégiques utiles.

*Innover sur les organisations : les organisations traditionnelles, pyramidales ou matricielles, sont largement rejetées par les jeunes qui plébiscitent les organisations informelles des startups. De nombreuses innovations sont expérimentées : pouvoir redonné à des équipes opérationnelles autonomes, disparition des fonctions, réunions à minima, décisions par sollicitations d’avis… La question centrale demeure celle du partage du pouvoir.

*Développer les comportements : ces organisations innovantes ne sauraient fonctionner sans un changement majeur des comportements individuels et collectifs.

Développer le sens du travail passe par le projet concret de remettre l’humain au centre des entreprises. Pour ce faire, l’engagement des DRH comme catalyseur du changement est un facteur clé de succès